Une longue tradition

Le tavaillon est issu du savoir-faire des ancelles (plaques de chêne ou d’épicéa de 60 cm à 1 m pour 2 cm d’épaisseur) utilisées comme des tuiles pour la couverture des toits au Moyen-Âge) : il en reprend les principes, avec une fixation clouée et une pose bord à bord à recouvrement vertical. Le tavillon, quant à lui, est normalement posé avec un double recouvrement, avec un chevauchement latéral, plus adapté aux toits courbes. Mais l’orthographe varie beaucoup selon les lieux et les époques:

tallevanne, tallevenne, talvanne : revêtement d’un mur de pignon ; couverture en tavaillon, pignon en bardeaux ; il est possible aussi que tallevanne soit synonyme de rang ou rain, au XVIe siècle, dans le bailliage d’Amont ; « la tallevanne et pignon que sera entre les maisons » (Vesoul, début XVIIe siècle)

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tavaillon, tavillon, tavoillon, tovolion : planchette de bois utilisée pour recouvrir les murs et les toitures ; bardeau ; « achat de tavillons pour couvrir l’avantoit des hasles de la maison de ville » (Besançon, 1578) ; « de bons et suffisants tavoillons dehuement clouhés et attachez avec cloux neufs » (Besançon, 1590) ; « trois milliers d’anselles pour faire tavoillons » (Besançon, 1575) ; « tavoillons pour couvrir la tour de la petit court de la maison de ville » (Besançon, 1577) ; « pour couvrir de tavoillons le clocher faict a neufz audit college » (Besançon, 1599) ; le tavaillon est souvent en sapin mais aussi parfois en chêne : « pour tavoillon de chesne » (Baume-les-Messieurs, 1654)

Delsalle, Paul. Lexique pour l’étude de la Franche-Comté à l’époque des Habsbourg (1493-1674). Presses universitaires de Franche-Comté, 2004, https://doi.org/10.4000/books.pufc.44645.

Il se répand dans les montagnes jurassiennes à partir du XVe siècle. Il est d’abord utilisé pour les petits bâtiments devant absolument rester au sec, les fours à pain ou les greniers forts, car les clous sont encore rares et coûteux et le savoir-faire pour la fente et le parage comme la pose sont moins répandus. Ce n’est qu’à partir de la fin du XVIIe siècle qu’il est utilisé plus systématiquement pour couvrir les toits et les murs exposés de grandes fermes.

Tout commence dans la forêt

Romain Poulet devant un épicéa à marquer en forêt

Pour réaliser des tavaillons, des épicéas à pousse lente, âgés de 200 à 300 ans sont sélectionnés : recevant peu de soleil sur les versants nord de la montagne, ils ne s’accroissent que d’1 à 2 mm de diamètre par an. C’est ainsi qu’il offre une plus grande dureté et une plus grande densité, gage de durabilité. Les arbres sont abattus à l’automne, en phase de repos végétatif et en lune décroissante, période au cours de laquelle ses tissus comportent moins d’eau et fournissent donc un bois moins absorbant.

Fendu et paré dans l’atelier

Stocké en grumes à proximité de l’atelier, le bois est débité en billons puis en meules de 40 cm, à la tronçonneuse, au fur et à mesure du fendage.

Loïc Gautheret débite des grumes en meules

Ces meules sont ensuite écorcées à la hache puis fendues par moitiés puis en 16 quartiers.

Méfiez-vous des imitations! Le bois est fendu et non scié: le départoir permet de suivre ses fibres, facilitant l’écoulement de l’eau et réduisant sa perméabilité.

Fendre les tavaillons
Parage des tavaillons à la hache

Il est ensuite paré à la hache, pour affiner sa partie qui sera recouverte et obtenir un angle parfaitement droit, qui permettra une pose en rangs serrés.

Il est ensuite stocké en paquets cerclés jusqu’à la fin de l’hiver, dans un abri ventilé.

Hache sur un paquet de tavaillons

Posé aux beaux jours

Grenier fort avec toit en tavaillons

Quand le printemps s’installe, vient le temps de la pose. En toiture, chaque tavaillon est couvert au cinquième. C’est à dire que seul un cinquième de sa surface est visible depuis l’extérieur, chaque point du toit est alors couvert de 4 couches de tavaillons.

En bardage, il est cloué sur des lambourdes et un voligeage non jointif, et sur les tavaillons voisins, formant ainsi une « bataillée » résistante aux vents chargés de pluie ou de neige, une solide cuirasse d’écailles de bois. Posé à la verticale, il n’est couvert qu’au tiers ou au quart, car l’étanchéité est alors plus facile à atteindre.

Pose de tavaillons superposés
Détail d'un pignon en tavaillons orné

Des éléments décoratifs peuvent s’intégrer au bardage: fleurs, rosaces, rangs terminaux, tavaillons découpés ou sculptés…

Il ne vous reste alors plus qu’à observer le changement de couleur et la patine des saisons et des années faire son œuvre. Son apparence évoluera en protégeant durablement vos murs de l’humidité et en facilitant le chauffage de votre maison traditionnelle ou contemporaine…

Tavaillons juste après la pose

À noter qu’en cas de bardages en tavaillons anciens nécessitant une restauration, il est parfois possible, selon l’état du support, de rénover la façade ou le pignon en remplaçant uniquement les tavaillons les plus abîmés. Il faudra alors quelques saisons pour que les coloris du neuf et de l’ancien s’homogénéisent.


Pour plus d’informations sur le tavaillon, le tavillon et les bardeaux de bois, mais aussi sur d’autres matériaux traditionnels, vous pouvez vous référer au livre « Construire avec les ressources naturelles du massif du Jura » de Marc Forestier, remarquablement documenté et illustré.

Pour mettre en œuvre des tavaillons, les maîtres d’ouvrage et d’œuvre peuvent se référer au guide technique Tavaillons d’épicéa du Haut-Jura, édité par le Parc naturel régional du Haut-Jura.

Cette technique de couverture est maintenant aussi normée, sous le doux nom de NF DTU 41.2 Revêtements extérieurs en bois (pose en bardage ou sur abris couverts)